Il est nécessaire d'entreprendre pour espérer et de persévérer pour réussir

06 juillet 2005

Al falsafa...un devoir


Philosophe en méditation, Rembrandt van Rijn 1633

Dans une ère opaque où règne le flou et l’ambiguïté, se multiplient les définitions et se prolifèrent les terminologies et les notations, les principes se voient mis en cause, la morale cède la place à l’éthique et les repères se perdent.
On se demande s’il n’y a pas besoin de prendre du recul, lever la tête du guidon pour voir plus claire, plus vrai, prendre du temps pour méditer, raisonner et pourquoi pas philosopher.

Au 12ème siècle déjà, Ibn Rushd (1126-1198), nommé Averroès par le monde latin, juge, médecin et philosophe, joue un rôle décisif dans l'histoire de la pensée : il recueille l'héritage d'Aristote et contribue à le transmettre à l'occident chrétien; plus encore, en recevant le Coran comme une prescription à connaître, et non pas seulement à croire, il installe la Raison au cœur de la Foi.

Plus précisément, dans son manuscrit « Fasl al-maqal wa taqrir ma bain asch’aria wal hikma min al-ittisal » : Le « Discours décisif», Ibn Rochd entend examiner «si l'étude de la philosophie (Annadar fi al falsafa) et des sciences de la logique est permise par la Loi révélée, ou bien condamnée par elle, ou bien encore prescrite soit en tant que recommandation, soit en tant qu'obligation». Le résultat, une fatwa dont le propos ne tente pas de réconcilier la foi et la raison, mais justifier l’interprétation philosophique du Coran et de montrer que l’activité philosophique est obligatoire pour ceux qui sont aptes à s’y appliquer.

On aura compris que le « Fasl al maqal » n’a pas perdu beaucoup de son actualité. C’est une invitation à adopter une approche rationnelle qui a pour finalité l'avènement du vrai.

« Le monde moderne a besoin du Discours décisif, non pas pour affirmer abstraitement le droit à philosopher, mais pour argumenter juridiquement une idée toute différente : l’exercice de la raison est une obligation que la loi révélée fait aux gens de raison ; nul ne saurait interdire l’un sans enfreindre l’autre »
Alain de Libera.